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Le clignotant

19/11/2023

Si je pratique l’utilisation du clignotant si religieusement, comme un chrétien l’eucharistie, me félicitant d’être un si pieu conducteur, c’est parce que c’est obligatoire et que je suis un bon citoyen docile et discipliné et aussi pour ne pas irriter la susceptibilité des autres usagers de la route et leur éviter de l’agacement, de la colère à mon égard ou même une crise d’urticaire.

Il faut dire que j’ai été bien élever. Dès ma plus tendre enfance j’entendais mon père fulminer contre ces idiots qui n’avaient pas indiqué. « Et le clignotant ? c’est pour les cochons ? » J’ai dû ensuite en apprendre fastidieusement les règles difficiles qui dirigent son usage avant d’obtenir mon permis de conduire. Je me suis fait verbaliser par les agents de la circulation pour l’avoir parfois oublié. Je me suis fait klaxonner et appeler de noms d’oiseaux. Ma voiture ne passe pas la visite technique si le clignotant est défectueux. La sécurité routière m’oblige à l’utiliser même s’il n’y a personne d’autre aux alentours à qui indiquer, sans doute pour que ça devienne chez moi un automatisme, tel le chien de Pavlov. J’ai été formatté, comme la plupart d’entre nous, avec une rare férocité, à me soumettre sans discuter au culte du clignotant.

On peut dire qu’on est né dedans et qu’il fait pour nous partie de l’ordre naturel des choses, un artifice devenu réalité, une réalité inexorable, aussi certaine que le soleil se lèvera demain, une certitude indisputable et si profondément ancrée dans la conscience collective que personne jamais ne la remet en question. Son usage est dans les textes, il est donc parole divine. On est livide si certains fidèles ne participent pas à cette messe et ne partagent pas notre foi inébranlable dans cette vaste supercherie.

Car en revanche, et c’est pourquoi je vous en parle, je me suis peu à peu rendu compte que je ne fais en fait jamais confiance aux clignotants des autres usagers et les ignorent même complétement dans mes décisions au volant. C’est d’ailleurs aussi dans les textes ; l’usage du clignotant ne donne jamais aucun droit, ni aucune obligation. Si je n’effectue pas la manœuvre indiquée, je n’ai commis aucune infraction.  Il s’agit juste d’une indication de courtoisie de l’intention de peut-être effectuer une manœuvre dans un futur proche, mais néanmoins indéfinit. En l’absence du clignotant ma réaction viscérale est de me sentir menacé par son absence de la réalité et d’insulter cet idiot. Mais en réfléchissant juste un peu, je vois bien que je ne me serais jamais conduit différemment si le clignotant avait été présent. Ce type me dit qu’il va tourner ici ou là, et alors ? ça me fait une belle jambe. Je dois toujours, clignotant ou pas, adapter ma conduite aux circonstances réelles, aux réalités physiques, respecter les distances de sécurité, les règles de priorité et la signalisation. Le clignotant ne m’y aide jamais. Les seuls éléments qui influent sur mes décisions de conduite sont la position, la direction et la vitesse des autres véhicules, les règles de la priorité, les signes et panneaux de circulations ainsi que les conditions générales tels que l’état de la route, la visibilité ou le temps qu’il fait. Tous facteurs physiques, factuels, incontestables et sans équivoque ni possibilité d’erreurs d’interprétation. Le clignotant ne fait qu’ajouter une complexité supplémentaire à la somme des informations que je dois analyser en une fraction de seconde, un élément pourtant artificiel, aléatoire et donc peu fiable.

En principe, le clignotant existe pour qu’un véhicule puisse avertir les autres usagers, voitures, vélos ou piétons, de son intention de changer de direction dans un futur proche de façon que ces autres usagers puissent anticiper et agir en conséquence. Dit comme ça, ça parait être du parfait bon sens. Emballez, c’est pesé.

On dit qu’un homme averti en vaut deux. Le clignotant servirait donc à avertir les autres utilisateurs de ses intentions. Mais en quoi être averti des intentions des autres serait-il utile ? Le gars va peut-être bientôt tourner à droite, ou à gauche ou s’apprête à déboiter, à changer de file. Je n’ai en aucun cas à modifier ma route ni à faire quoi que ce soit d’autre que d’être attentif, de la même façon que je dois être attentif à tout moment et en toute circonstance. M’encourage-t-on à être moins attentif si je ne vois pas de clignotant ? Je n’ai jamais à anticiper quoique ce soit en fonction d’un clignotant et je ne dois jamais espérer des autres qu’ils anticipent quoique ce soit et changent leur conduite sur la base de mon clignotant. Le clignotant n’est jamais une demande de permission. C’est aussi dans les textes. A quoi sert donc ce fameux clignotant ? pourquoi insiste-t-on sur son usage s’il est en fait complétement inutile et sans aucun effet? C’est la question à laquelle j’essaye de répondre ici un peu plus en profondeur que par un simple « Le clignotant est indispensable pour une conduite sure et fluide, c’est comme ça, ne discutez pas. » Si les indications des autres me sont complétement inutiles, mes propres indications sont très certainement également inutiles aux autres, quoiqu’ils en pensent.

Ne vous méprenez pas, je ne suis pas en croisade contre des moulins à vents. Tout cela m’est bien égal et n’a vraiment pas beaucoup d’importance. Je m’amuse juste à exercer ma raison, à me faire l’avocat du diable pour pratiquer mon français, essayer d’articuler des idées fugitives, à raisonner des intuitions, justifier des doutes, à disserter avec moi-même pour mieux relever des erreurs de jugement. J’aurais pu tout aussi bien m’amuser à débattre de l’existence d’un dieu ou de la sphère terrestre, mais beaucoup d’autres l’ont déjà fait avant moi et je préfère être le premier, sinon le seul, à dévoiler cette encore plus énorme duperie, cette couleuvre que tout le monde avale comme une sainte ostie, cet éléphant que tout le monde voit mais dont personne ne parle. Et puis si j’écris c’est que je n’ai pas l’esprit assez vif pour m’expliquer oralement avec clarté et agilité, que je ne parviens pas toujours en parlant à trouver du premier coup une juste analogie ou l’adjectif adéquate et que je perds facilement le fil de mes pensées.

Loin de moi l’idée de me lancer dans une campagne anti-clignotant. Je souhaite simplement m’exprimer par écrit pour tous ceux qui m’interrompent instantanément dès que j’aborde ce sujet. Ce faisant, je soigne mon style et ma grammaire pour couper l’herbe sous le pied de ceux qui seraient tenter de me traiter d’analphabète ou de parfait idiot. (Passez-moi s’il vous plait les fautes d’ortografes. Encore un truc qui ne sert à pas grand-chose d’autre que de vexer les puristes et a donner aux esprits creux mais bien éduqués, matière à se faire mousser.)

Et puis, comme je suis toujours bien français, je dois forcément trouver quelque chose contre quoi râler. J’ai choisi le clignotant, comme d’autres choisissent l’âge de la retraite ou les subventions agricoles. Ne m’en voulez pas.

En général on réagit de façon très négative à mon postulat, s’y opposant sans même m’écouter une seule seconde, me coupant la parole immédiatement et donc de façon purement émotionnelle. Mais jamais personne ne m’a proposé des arguments raisonnables, tous se contentant de formules à l’emporte pièces « Le clignotant est absolument essentiel » ou « Parce que c’est obligatoire ». Quelle espèce d’idiot suis-je pour prétendre remettre en question une idée si communément acceptée par tous ? J’ai tour à tour remis en question la petite souris, le père noël, le petit jésus et le bon dieu. On a remis en question la peine de mort, le vote des femmes, le célibat des prêtres, le mariage des homosexuels, les interruptions de grossesse, la forme de la terre et bien d’autres doctrines qui étaient auparavant indévissables… le tour du clignotant viendra. Ainsi va le monde, de progrès en progrès on va bien finir par finalement nous déboulonner le clignotant.

On m’a dit depuis tout petit que je devais avoir la foi en la sainte trinité, la résurrection et des tas d’autres histoires à dormir debout mais je n’ai jamais pu m’empêcher de douter, de penser qu’il y avait anguille sous roche et n’ai jamais pu avaler ces couleuvres ni croire en ces sornettes. J’éprouve exactement les mêmes doutes à l’encontre de la religion du clignotant. Je m’y conforme pourtant, comme d’autres observent le Ramadan, par ce que ça fait partie de ma culture. On peut être de culture Chrétienne, Juive ou Musulmane sans pour autant croire en dieu ni aller à l’église, au temple ou à la mosquée.

Après avoir passé plusieurs années à observer l’usage du clignotant en parcourant des dizaines de milliers de kilomètres sur les 5 continents, (Dont pas mal d’endroits ou jamais personne n’utilise le clignotant ; lui préférant le klaxon, ce que je ne recommande pas non plus.) en tant que conducteur ou passager, cycliste ou piéton, à observer, analyser, étudier, réfléchir et à me documenter sur le sujet, surement beaucoup plus longtemps et plus en profondeur que la plupart des gens pour qui la question est réglée depuis longtemps et ne se pose même pas, je suis parvenu à la conclusion qu’il n’y a que deux situations ou l’usage du clignotant pourrait être utile mais certainement pas indispensable, ni essentiel. Dans tous les autres cas, il est soit complétement inutile, au mieux, soit dangereux, au pire.

Si le véhicule devant moi ralentit et s’arrête le long d’une file de voiture garées juste après un espace vide, son clignotant m’aide à comprendre qu’il souhaite faire un créneau. Je suis normalement assez observateur, intelligent et éveillé pour comprendre son intention même s’il ne l’indique pas. Le clignotant ne fait que renforcer mon interprétation des réalités physiques. J’ai donc alors le choix de lui faire cette courtoisie, de lui laisser l’espace pour compléter sa manœuvre, mais je n’y suis pas contraint, car encore une fois, le clignotant ne donne aucun droit. Suis-je un parfait crétin qui en l’absence du clignotant n’a pas compris ou prétend n’avoir pas compris que l’autre souhaite se garer ? Suis-je assez méchant et discourtois pour le punir de sa négligence et lui bloquer le passage simplement parce qu’il n’a pas utilisé son clignotant ? Si le clignotant n’existait pas, je lui aurais poliment laissé la place et tout se passerait bien, sans crise de foie.

Si le véhicule devant moi indique à gauche et qu’il ralenti je me doute qu’il souhaite tourner à gauche à la prochaine intersection et je ne vais donc pas tenter de le dépasser, même si aucun règlement ne m’en empêche. Je ralenti, non pas par ce qu’il indique mais pour ne pas entrer en collision. S’il ralenti sans avoir indiqué, je ralenti exactement de la même façon et devine également qu’il souhaite tourner d’un côté ou de l’autre. Si je suis sain d’esprit et si je tiens à la vie, je me comporte exactement de la même façon, qu’il ait indiqué ou non. Je n’ai pas à anticiper quoique ce soit parce qu’il indique une intention future, j’ai juste à réagir par ce qu’il ralentit réellement, maintenant. La seule différence est que l’absence du clignotant dans cette réalité perçue va provoquer mon indignation, mon agacement et même ma colère, autrement dit, du « stress ». Il semblerait que l’effet principal sinon exclusif du clignotant est de frustrer ceux qui s’y attendent comme une grande prophétie et se sentent déconcertés par son absence. Nous ayant été assenées avec une telle vigueur, le clignotant nous donnerait-il un faux sens de sécurité et son absence serait-elle perçue comme une vraie menace ?

Il y a pourtant des quantités de situations ou le clignotant encourage à prendre des risques. J’y reviendrais mais je suis sûr que vous pouvez déjà l’imaginer.

Dois-je m’attendre a ce que les autres usagers se comportent différemment selon mon indication ? non, jamais. Je n’ai rien à attendre des autres et je suis, selon les textes, le seul capitaine et le seul responsable de mon bateau. Il n’y a dans le code de la route aucune situation ou le clignotant change les règles de la priorité ou les panneaux de signalisation. Je ne vais jamais déboiter pour dépasser si ‘il y a quelqu’un qui arrive derrière à plein pot, clignotant ou pas. A l’inverse, je ne suis en aucun cas contraint de modifier mon comportement en fonction des indications des autres. Si un type devant ou derrière moi m’indique qu’il voudrait bien déboiter pour dépasser je n’ai pas à ralentir ni changer de direction pour le laisser faire. Je suis simplement averti de son intention, je dois faire attention, de la même façon exacte que je dois faire attention s’il ne me signale aucune intention. Si un type déboite devant moi pour dépasser et qu’il n’a pas indiqué sa manœuvre, cela n’exerce aucune influence sur ma conduite. Il déboite, il dépasse et je continue à conduire comme si de rien n’était ou déboite et dépasse-moi aussi dès que la voie est libre. Si je voulais moi aussi déboiter pour dépasser, son intention de faire de même devant moi n’exerce également aucune influence sur ma conduite, je déboite, je dépasse et clignotant ou pas, il doit attendre que j’aie fini ma manœuvre pour entamer la sienne. Je n’entame une manœuvre qu’après m’être assuré qu’elle est complètement sure et le clignotant le mien ou celui des autres, ne rend jamais une situation plus sure, il ne modifie jamais les réalités physiques. On s’imagine simplement qu’elle est plus sure parce qu’on a été éduqué comme ça. Il nous donne un faux sens de sécurité. On est décontenancés si le clignotant est absent de nos perceptions, mais s’il n’existait pas nous ne prêterions attention qu’aux seuls éléments vraiment importants, la position, direction et vitesses des autres usagers… et on ne se mettrait pas en colère, ni de son absence, ni de son usage intempestif ou maladroit. Posez-vous la question : Aurais je fais quoi que soit différemment s’il avait indiqué. Si vous êtes honnêtes avec vous-même, la réponse est toujours non.

Le rondpoint a été inventé pour rendre les intersections plus facile, plus sure et plus fluide que les feux de circulations et autres systèmes archaïques. C’est tellement pratique et efficace qu’ils sont installés presque partout. Le principe est simple. Les véhicules déjà sur le rondpoint on la priorité sur ceux qui souhaitent y rentrer, on y rentre par la droite, on en sort par la droite, il n’y a pas d’autre choix possible alors que dans une intersection classique, il faut faire gaffe de tout cotés. Tous les véhicules présents sur un rondpoint ne sont là qu’avec la seule intention d’en sortir par la droite. Par qu’elle logique vicieuse devraient-ils indiquer une intention que tout les autres connaissent déjà ? On a réduit l’utilité et la facilité des rondpoints en y imposant l’usage du clignotant avec des règles complexes et obtuses sur lesquelles personne n’est d’ailleurs d’accord, à en juger par les grands débats qu’elles suscitent sur les réseaux sociaux, reddit ou autres. Ces règles sont d’ailleurs très différentes d’un pays à l’autre. Personne ne s’est mis d’accord sur une logique commune et si personne n’est parvenu aux mêmes conclusions, c’est simplement parce qu’il n’y a aucune raison logique d’utiliser le clignotant sur un rondpoint. Ceux qui essayent d’en trouver se mélangent tout de suite les pinceaux dans des explications fumeuses. Imaginez huit voitures sur un rondpoint, et huit autres qui souhaitent s’y engager, toutes agitants ensemble fièrement leur petit clignotant, certaines à droite, d’autres à gauche. C’est un vrai cirque, un micmac indéchiffrable. Heureusement beaucoup de gens ont compris l’inutilité de ce geste et se contente d’attendre que la voie soit libre pour s’engager et à sortir sans se soucier de ce que peuvent penser ceux qui les suivent, qui de toute façon doivent faire juste ça, suivre. Sans se soucier non plus de ceux qui attendent pour s’engager et ne le feront de toute façon qu’une fois certain qu’il n’y a pas de risque de collision, clignotant ou pas, sachant de façon instinctive qu’un clignotant ne réduit jamais un risque de collision. S’il y a un seul endroit ou l’usage du clignotant devrait être aboli, c’est bien le rondpoint. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Ou y a-t-il trop d’officiels et de bureaucrates qui justifient leurs gros salaires à nous pondre des règlements inutiles ?

Je ne vais pas continuer à perdre votre temps à décrire ici plus en détails des centaines d’autres situations de circulations. Ça deviendrait très vite ennuyeux. Mais si toutefois ça vous intéresse, j’ai tout ça dans un appendice.

D’un point de vue légal, la jurisprudence montre que si je défonce une bagnole, c’est moi le responsable même si cette bagnole n’avait pas indiqué. L’absence du clignotant n’est jamais ni une excuse ni une circonstance atténuante. On ne doit pas percuter les autres véhicules, qu’ils indiquent ou non. Si je dépasse un type qui indiquait, qu’il déboite et me rentre dedans, il est en tort. On doit d’autre part respecter les règles de la priorité, clignotant ou pas. Si je coupe la route d’un véhicule prioritaire et qu’il me rentre dedans, je suis en tort, même s’il indiquait quoique ce soit.

Ajoutons d’ailleurs que si vous vous vous amusez à télécharger et analyser les statistiques de la sécurité routière vous constaterez que le nombre d’incidents ou d’accidents dus à l’absence du clignotant est exactement zéro. Vous ne me croyez pas ? Je n’y peux rien. J’ai vérifié ça dans 3 pays ou ces informations sont librement accessibles. En revanche on y trouve un grand nombre de refus de priorité où, par exemple, un usager à couper la route d’un autre véhicule qui indiquait une intention qu’il n’a pas exécuté ou qu’on a mal évaluée. Si le clignotant n’existait pas, chacun aurait fait plus gaffe et tout le monde seraient rentré à la maison sans encombre… et sans crise de nerf. Aux vues du nombre d’accidents qui surviennent dans ces circonstances, je vous conseillerais franchement d’ignorer le clignotant, ce que vous faites d’ailleurs déjà, même inconsciemment. Heureusement, notre cerveau nous sauve souvent de notre propre stupidité. 

Les chiffres officiels démontrent donc que le clignotant cause plus de dégâts qu’il n’en évite. On nous enfonce pourtant l’usage du clignotant dans la tête a coups de matraques sans aucune preuve ni certitude qu’il exerce la moindre influence positive sur la sécurité routière… Pourquoi ? S’agit-il d’une hallucination collective ? Pourquoi nous répétons nous bêtement generation après generation, comme un verset coranique, que le clignotant n’est pas pour les cochons, sans meme se demander si ca a du sens.

Le clignotant serait il particulièrement nécessaire de nuit ou par visibilité réduite ? Ce sont là les circonstances exactes ou l’usage du clignotant entraine encore plus de confusion.

Il n’y a pas que la sécurité à considérer en examinant de l’usage du clignotant. Pourrait-il de quelque façon contribuer à la fluidité de la circulation ? Après tout, si j’attends à un stop et qu’une bagnole m’indique qu’elle va tourner, je peux choisir de prendre le risque et de m’engager sur l’intersection en croisant les doigts même s’il y a risque de collision, me faisant ainsi gagner un dixième de seconde sur mon itinéraire ainsi qu’à ceux qui attendent patiemment derrière moi… et augmentant d’autant mes chances de me retrouver dans les statistiques. C’est d’ailleurs la situation ou nous nous fâchons très souvent. Cet idiot qui n’a pas indiqué m’a fait perdre un dixième de seconde. S’il avait indiqué j’aurais pu tenter le coup. On nous vend le clignotant avec de la sureté et de la sécurité, « un petit geste qui peut sauver des vies » mais il a en fait l’effet opposé de celui escompté, l’effet de nous mettre en colère ou de nous encourager à prendre des risques. Il ne sauve aucune vie, c’est au contraire son usage intempestif ou inapproprié, la fausse croyance qu’il donne priorité et l’encouragement à couper la route qui cause des dégâts, dégâts qui n’arriveraient pas si le clignotant n’existait simplement pas ou si son usage était laissé à la seule initiative et perspicacité de l’usager, un peu comme l’avertisseur sonore, au lieu d’être une obligation générale, aveugle, imposée pour des raisons que la raison ne connait pas. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Notons d’autre part qu’à ma connaissance et m’étant longuement documenté sur le sujet, aucun des algorithmes des prototypes de voitures autoguidées ne tient en compte les clignotants. C’est une information qui peut être captée, enregistrée et analysée, cependant très peu fiable, étant d’origine humaine, et qu’il vaut beaucoup mieux ignorer. Les véhicules autoguidés circulent selon des itinéraires prédéterminés et peuvent donc appliquer les règlements en vigueur et actionner le clignotant automatiquement, comme ils en sont tenus par les règlements. Mais ils ignorent toutefois le clignotant des autres véhicules, automatiques ou manuels, dans leur propre logique de decision. Ces itinéraires peuvent être partagés et lus par les véhicules environnants, mais l’itinéraire probable des autres véhicules peut changer à tout moment selon les réalités physiques de la situation et ne sont donc pas non plus tenus en compte. Être averti des intentions des autres ne sert pas plus à la machine qu’à moi. A rien du tout, mais la machine ne se mets pas en colère. Je prédis que lorsque la plupart des véhicules seront autoguidés, l’usage du clignotant tombera enfin en complète désuétude. Bon débarras.

Le clignotant serait il un vestige d’une époque ou il avait son utilité ? Les premiers véhicules automobiles devaient partager la chaussée avec les chevaux, les carrosses, les charrettes et les piétons. Etant beaucoup plus rapides, ces automobiles ont très vites établis leur priorité naturelle sur les autres véhicules. Ce sont les autres qui ont inventé des systèmes de signalisation manuelle afin d’alerter de leur présence les bolides automobiles espérant naïvement éviter de se faire renverser. Les cyclistes d’aujourd’hui utilisent toujours ce même langage. (et beaucoup trop de cyclistes s’imaginent que de tendre le bras leur donne le droit de se jeter sous les roues d’une voiture.)  Les fabricants ont inventé des systèmes mécaniques et lumineux pour remplacer les signaux manuels. Les autorités en ont progressivement rendu l’usage obligatoire, simplement parce que c’était devenu techniquement possible. (Quelques fabricants ont dû d’ailleurs en profiter.) Il s’est au fil des générations insinué dans nos consciences d’où ne nous ne pouvons maintenant plus l’en déloger. « Le clignotant est essentiel, un point c’est tout. ». Comme c’est triste un esprit verrouillé.

Je suis pourtant loin d’être le seul imbécile à avoir la même idée. Il y a de plus en plus de conducteurs, des gens très bien parmi eux, qui déboitent, dépassent, se rabattent, tournent à droite ou gauche, se garent, s’engagent sur la chaussée, changent de file, traversent des rondpoints sans se soucier d’actionner leur clignotant. On dirait même que c’est progressivement en train de passer de mode. Autrefois, je m’en serais vexé, leur aurais demandé s’ils avaient eu leur permis dans une pochette surprise. Aujourd’hui, ça m’est complétement égal. Je conduis en toute sérénité au milieu de ces mécréants aux indicateurs muets. Comme ce silence est reposant ! J’ignore royalement ce que les autres ouailles essayent de m’indiquer, et tout devient tellement plus facile ! C’est au contraire des indécrottables fidèles dont je me moque, de ceux qui continuent toujours à croire, contre toute logique, à l’évangile du sacrosaint clignotant.

Si vous souhaitez réagir, n’hésitez pas à m’écrire sur olivieroduhamel@gmail.com mais s’il vous plait, épargnez-moi les insultes et la mauvaise syntaxe. Je vous défi par exemple de décrire une seule situation ou l’usage du clignotant aurait une quelconque utilité. Je serais curieux de savoir quelle circonstance rarissime et fumeuse vous pourriez dénicher pour justifier la dictature du clignotant toute entière. J’aurais de toute façon grand plaisir à démonter vos arguments.

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