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Jean Paul Kala

30/11/2020

Un artiste Belge, Jean Paul Kala, fait depuis peu le même genre de sculptures que moi. Voici ma réponse à la galerie qui m’en a averti.

Bonjour,

Oui, j’ai récemment découvert le travail de ton ami Jean-Paul sur Instagram, nous nous y suivons mutuellement depuis qqs semaines. Il connait donc lui aussi mes travaux, à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre qui gère son Insta.   J’y ai vu un beau gorille, ce bel animal a toujours inspiré beaucoup d’artistes, une pomme rouge, des formes féminines stylisées, dont un couple s’embrassant à la manière des sculptures folkloriques d’Indonésie. (lesquelles sculptures Indonésiennes s’inspirent elle-aussi d’œuvres classiques ou modernes d’un peu n’importe où.)

Ce n’est que la deuxième fois que je tombe sur quelqu’un d’autre ayant mis en œuvre les mêmes techniques. Ces techniques n’ayant rien de particulièrement nouveau ni original, j’ai toujours été très surpris de ne pas trouver plus de confrères faisant la même chose. Il y a aussi un artiste Israélien, Motti Inbar et surement beaucoup d’autres.

Que Jean-Paul ne s’inquiète pas. Je ne vais surement pas me vexer qu’il utilise les mêmes techniques que les miennes. Ceux qui étalent de la peinture acrylique sur une toile de lin à l’aide d’un pinceau ne peuvent pas vraiment se fâcher que d’autres fassent la même chose.

On me demande souvent si je suis le seul à faire ça. “surement pas, les outils que j’utilise sont libres à tous et il est très probable que d’autres les mettes en œuvre.”  Ni le seul, ni le premier sans doute. J’ai commencé à faire ça en 2012. Lire mes questions réponses . En gros je n’ai rien inventé, peut être détourner ou améliorer des techniques existantes, jusqu’à ce que quelqu’un d’autre me pique l’idée et l’améliore lui ou elle aussi. Ainsi va le monde, générations après générations.

Je pense en effet qu’il utilise les mêmes outils que moi pour le design de ses tranches. En revanche, même si j’ai bien sur longtemps pensé à les faire en métal plutôt qu’en bois ou acrylique, je vois que Jean-Paul m’y devance. J’ai une version de Rosie en bronze mais j’ai fait ça en prenant un moule élastomère d’une en bois et non pas en soudant des plaques ensemble. J’ai une grande expérience de la fonte du bronze mais je n’y connais absolument rien en soudure, à chacun son métier.

Pas de problème non plus à ce que nous partagions les mêmes sources d’inspiration. Personne ne peut raisonnablement réclamer l’exclusivité sur le torse féminin, le gorille ou la pomme. Le torse de Jean-Paul est suffisamment diffèrent de Rosie pour être un original. Jean Paul a très certainement découvert cette méthode par lui-même et il est tout à fait concevable qu’un jeune homme ai pu être inspirer par l’idée d’un nu de femme, sans pour autant chercher à copier qui que ce soit. Le nu féminin a inspiré au fil des millénaires, des millions d’artistes, on se demande vraiment pourquoi d’ailleurs.

Je m’inspire moi-même souvent des travaux d’autres artistes, J’ai fait par exemple une Penseuse de Rodin. Personne ne m’en a jamais tenu rigueur, au contraire, on a trouvé ça rigolo… et sexy et j’ai tout vendu. Alléluia.

Pour qu’une machine puisse découper les tranches au laser, à la fraiseuse ou au jet d’eau selon le matériau, ou même découper à la main comme j’ai fait avec du polystyrène, il faut de toute façon d’abord avoir un fichier numérique 3D, ensuite ce n’est qu’un travail d’assemblage. La difficulté et l’art est de créer ce fichier 3D. Il n’y a que trois façons de faire. On peut utiliser une technique de capture 3D. L’artiste sculpte un objet en terre, en cire ou en n’importe quoi et scanne ensuite cet objet ou n’importe quel autre objet déjà existant, pour obtenir une image numérique 3D. Ces techniques sont encore très chères ou de très mauvaise qualité, ou les deux. La seconde façon de faire est de modeler soi-même la sculpture directement dans un logiciel 3D. C’est ainsi que je travaille avec Zbrush, ayant acquis une bonne maitrise de ce logiciel après des milliers d’heure de travail assidu. L’ordinateur n’a malheureusement pas de bouton magique ou cliquer pour « Créer un chef d’œuvre instantané.»  Finalement on peut aussi simplement acheter un modèle 3D réalisé par un tiers. Il en existe des centaines de milliers à télécharger, beaucoup sont même complétement gratuit. Cela m’arrive également. On peut ensuite, modifier, adapter, détourner ce modèle selon ses besoins. Si par exemple j’ai besoin d’un squelette pour intégrer dans une œuvre, je peux télécharger en 3 minutes un squelette déjà numérisé au lieu de passer 6 mois à en créer un. Inutile de réinventer la roue à chaque fois qu’on fabrique un vélo.

Ce fichier 3D peut ensuite être utilisé pour découper l’objet à la fraiseuse dans presque n’importe quel matériaux, bois, polystyrène et même dans le marbre, comme ça se fait beaucoup à Carrare en Italie. On peut aussi l’imprimer en 3D dans toute sorte de matériaux et même en cire pour ensuite la fondre en métal, toute la bijouterie contemporaine est faite de cette façon. Les fonderies d’art modernes ont des imprimantes 3D leur permettant de créer une cire d’épaisseur parfaitement uniforme et donc de fondre des bronzes de bien meilleure qualité et a moindre cout qu’en passant par l’étape du moule élastomère. Ce pauvre élastomère qui avait remplacé les moules en plâtres dans les années 70, se retrouve déjà obsolète.  On peut aussi, comme Jean-Paul et moi, découper le modèle en courbes topographiques, mais également en polygones comme je m’y essaye depuis peu. www.olivierduhamelartist.com/a-low-polygon/  Même si Jean-Paul a vu mes travaux quelques part et décidé de faire la même chose, qu’y aurait-il de mal à ça ? Je m’en trouverai plutôt flatté, mais je ne pense pas que ce soit le cas.

Ensuite l’art n’est que dans le coup de patte de l’artiste, son savoir-faire, l’élégance de la forme, l’émotion que suscite la pièce finale et en cela aucune technique moderne ou traditionnelle ne nous sauvera de la médiocrité.

Une chose est sure, les artistes ont toujours été très rapides à explorer les techniques modernes, sinon nous en serions toujours á tracer des ours à la suie sur les parois des grottes. Avant de devenir traditionnelle, toute méthode à nécessairement commencé par être contemporaine.

Il y a qqs années, une grosse boite me commande une série de bronzes pour offrir en trophée a leurs meilleurs détaillants. Un projet intitulé « 34 marches vers le succès »  Je dessine un escalier en colimaçon de 34 marches s’élevant en forme de cône, chaque marche étant plus courte que la précédente, illustrant ainsi l’idée de difficulté grandissante avant d’atteindre le sommet. Après des jours de recherche je ne trouve aucune image d’un dessin similaire. Ils acceptent ma proposition et je me fais de bons gros dollars.
Deux ans plus tard, lors d’un vernissage auquel j’avais été invité, je tombe sur la même sculpture exactement. Le même cône fait de 34 marches, à peu près aux mêmes dimensions mais en verre au lieu de bronze. La similarité était à mes yeux trop grande pour être un accident du hasard. Je rentre en contact avec l’artiste qui m’explique qu’il est de bonne foi. Je le crois. Mais en retournant à la galerie deux semaines plus tard pour me faire une deuxième opinion, on m’informe que l’artiste a retiré la pièce de la vente deux semaines au paravent.

Dans le cas de Jean-Paul, je ne vois qu’un seul problème, mais pour la galerie. Exposer deux artistes s’exprimant de la même façon sur le même sujet peut dévaloriser leur travail respectif aux yeux des visiteurs. Ça n’est pas si original que ça finalement, se dira-t-on. En France, et beaucoup d’autres pays, dont la Belgique, j’expose ces trucs-là depuis 8 ans ou plus. J’y suis donc le premier, le précurseur, les autres y seront vu comme des suiveurs. Mais bon, je ne suis pas si connu que ça après tout et puis le monde est vaste. Ce qui me fâcherait serait que quelqu’un se présente comme l’inventeur de la technique. Celui-là ferait les frais de ma prose et je m’amuserais à lui tailler un costard.

J’aime écrire en effet et cet épisode m’aura au moins donné une opportunité d’exercer ma plume. Désolé d’avoir tenu le pupitre trop longtemps.

A+

Olivier

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